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Le prix des légumes

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Jeremy Blondin Le mardi, 30 août 2022 à 08:00 Dernière modification le mardi, 30 août 2022 à 08:48
Le prix des légumesLe prix des légumes
Pourquoi les prix des légumes augmentent ?

Pour poser le contexte nous sommes à la fin de l'été 2022, nous "sortons" de deux ans de pandémie Covid et la guerre Ukraine - Russie fait rage depuis un peu plus de 6 mois. L'euro est historiquement bas, nous sommes entrain de nous préparer à faire face à une crise énergétique potentielle cet hiver, le dérèglement climatique et l'écologie sont les sujets phares du moment, les taux d'intérêts remontent et l'inflation bat son plein bien que modérée en Suisse par rapport à d'autres pays.


Une entrée en matière un peu brutale mais nécessaire pour poser le contexte, j'ajouterais également l'augmentation de la population sur la planète qui est également dûe à l'augmentation de l'espérance de vie:

1950 - 2.5 milliards

2000 - 6.1 milliards

2022 - 8 milliards

2050 - 10 milliards ou un effondrement de la population dû à la diminution des naissances selon certains travaux mais ce n'est pas le sujet....


L'espérance de vie moyenne, en 1800 nous étions à 40 ans, en 1900 on passe la barre des 50 ans, sortie de 2ème guerre mondiale on fait un bon à environ 65 ans et en 2022 nous sommes à 80 ans en moyenne en France (Sans tenir compte des différence hommes / femmes).


Une dernière statistique l'évolution de la part de la population active dans l'agriculture: en 1800 ~60%, en 1900 ~ 35%, en 2000 ~ 3%. Les gens ont également migrés de la campagne en ville. (36% en 1930 et 75% de la pop. en 2020) ce qui implique un taux important de développement du "béton" d’environ 25 m2 par heure en Suisse soit environ 1'300 ha par an !


Pour résumer, nous sommes de plus en plus sur la planète, la population vieillit, les "actifs du jour" ne veulent plus (trop) travailler, nous sommes de moins en moins à produire des denrées alimentaires, on doit faire plus avec moins il n'y a jamais eu autant de pression sur l'agriculture que aujourd'hui alors que les défis n'ont jamais été aussi nombreux. Les entreprises (dont la nôtre) n'ont pas d'autres choix que d'investir pour augmenter la qualité de production, les volumes de production, améliorer les conditions de travail, optimiser et diminuer l'utilisation des ressources nécessaires à la production alimentaire.


Notre domaine familiale de plus de 6 générations à pris en tournant dans les années 2000 en passant du tunnels aux serres. En 20 ans la technologie de la culture sous abris s'est sacrément développée et nous avons fortement investit pour améliorer le parc de serres. En 2020 nous avons arrêté la culture sous tunnel et pleine terre pour nous consacrer à la production sous serres en verres qui pour nous est la solution la plus optimum pour produire des légumes de qualité répondant aux exigences du moment. Malheureusement nous ne pouvons pas produire 100% de la gamme sous serre et ces outils de travail performants coûtent "cher". Pour donner un exemple de prix, la première serre que nous avons construit en 2003 à coûté environ 1 million pour 1ha, les dernières offres que nous avons on est à environ 4 millions par hectare et presque 10mil. pour une serre aéroponique. Des chiffres qui donnent le vertige ! Évidemment plus vous construisez une surface importante plus le prix de la construction diminue.... Cela dépend également des équipements (options) que vous mettrez dans votre serre et du terrain disponible (faut-il faire un terrassement ou non...)


Prenons l'exemple de la tomate de petite taille vu que c'est notre produit principal.

Voici la répartition des coûts de production arrondis et classés par ordre de grandeur: (Je ne prends pas en compte le transport et les frais de conditionnement (emballage) qui sont imputés à la coopérative mais j'en parlerais après)


  • Charges salariales 50%
  • Énergie (gaz,électricité,eau): 20%
  • Amortissement, investissement, entretien: 12%
  • Petit matériel: 8 % (substrat, clips, crochets, ficelles, protection des plantes, etc...)
  • Plantons: 6 %
  • Engrais: 4 %


Prenons les augmentations annoncées pour 2023 (en plus de celle de 2022),,,

  • Charges salariales 2 à 4% selon l'augmentation du coût de la vie
  • Énergie environ 20% pour nous, sachant que cela est différent pour chaque producteur. Nous avons des contrats avec nos fournisseurs pour sécuriser l’approvisionnement et les coûts, chacun est libre de les signer ou non et les conditions diffèrent selon les quantités et les sources d'énergie.
  • Investissement nous sommes entrain d'investir pour sécuriser notre approvisionnement énergétique (panneaux solaires, groupe électrogène, etc...) l'amortissement et l'entretien pas de changement si ce n'est une augmentation potentielle des taux d'intérêts
  • Petite matériel: Nous avons environ 10% d'augmentation en moyenne, 30% pour les substrats.
  • Les plantons on nous annonce une augmentation de 20%
  • Les engrais il y a une augmentation de plus de 53% pour notre entreprise ainsi que des risques importants de ne pas trouver ce dont nous avons besoin.


Vous l'aurez compris il nous est impossible de pouvoir produire sans que le prix de vente augmente. De plus vous venez ajouter des contraintes supplémentaires au niveau environnemental, social qui ont pour objectif des conditions de travail meilleures qui se traduisent forcément par des coûts supplémentaires. On va produire moins et plus cher. La Suisse est difficilement compétitive avec l'Europe et encore moins avec le reste du monde car nous avons la main d’œuvre agricole la mieux payée du monde et des exigences parmi les plus strictes. Pour reprendre une expression agricole... On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre.


Le coût des transports à également augmenté avec le prix des carburants à la hausse ainsi que les prix des emballages, une barquette carton coûte deux à trois trois le prix d'une barquette plastique il s'agit également de charges supplémentaire qui rajoutent des centimes au prix du kilo. La météo de cette année avec la sécheresse de cet été a un impact sur la productivité des cultures, il y aura moins c'est certain et les factures d'eau notamment ont pris l’ascenseur.


En ce qui nous concerne 2023 nous produirons les mêmes surfaces, de la même manière, avec la même équipe. Il y a énormément d'inconnues et de risques mais la population doit pouvoir manger, nos équipes doivent pouvoir travailler. Nous ferons le maximum pour optimiser ces hausses de coûts en espérant que cette crise ne soit pas trop longue. En Suisse dans le panier de la ménagère on estime à 12% la part pour la nourriture pour 2023 nous devrons forcément changer nos habitudes et reconsidérer nos priorités. Le fait de bénéficier de nourriture de qualité et en quantité suffisante est un luxe qui est devenu une habitude. Je le dis souvent il ne faut pas parler de prix mais de valeur lorsque l'on compare deux produits. On n'achète pas une Dacia au prix d'une Ferrari, c'est idem pour les denrées alimentaires.


Nous importons environ 50% de notre nourriture aujourd'hui en Suisse, qui aurait imaginer se retrouver dans cette situation en 2022 ? Pensez-vous qu'en cas de crise mondiale les pays vont continuer d'exporter à tout va ou vont-ils garder leur production pour eux ? Nous avons malheureusement l'habitude d'avoir de tout, tout le temps à n'importe quel coût pour le consommateur mais également pour la planète.


L'être humain a une capacité extraordinaire à trouver des solutions il faut voir le point positif de cette situation qui va accélérer la transition énergétique et les changements nécessaires à notre société. "Mieux vaut prendre le changement par la main avant qu'il nous prenne par la gorge" comme l'a dit Winston Churchill


A la semaine prochaine pour le prochain sujet, je vous remercie pour vos retours, questions remarques qui me permettent d'améliorer la qualité de ce blog


Salutations


Jeremy Blondin

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